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Adieu Monsieur le Curé

Le curé Antoine Labelle est décédé le 4 janvier 1891. À partir des journaux de l’époque, le film des événements a pu être reconstitué et nous vous le présentons.  Grâce aux Belles histoires des pays d’en haut, la télévision fit connaître le visage d’Antoine Labelle à tout le Québec des années 1960. Cent ans plus tôt, c’est par ses qualités de cœur et d’esprit que ce patriote fut aimé et adulé de ses contemporains.

Antoine Labelle a vécu 57 ans guidé par une inébranlable foi, inspiré par un amour incommensurable pour sa patrie et motivé par des rêves à la hauteur de son esprit. Rarement aura-t-on vu un homme capable d’autant de bonté, de générosité et de don de soi.

Ces remarquables traits de caractère auront amené sa paroisse de Saint-Jérôme, à devenir le théâtre des funérailles les plus imposantes qui aient eu lieu au Canada, à cette époque, après celles de Sir Georges-Étienne Cartier, en 1873.

Voici donc la commémoration des circonstances entourant le décès d’Antoine Labelle ainsi que le déroulement de ses funérailles.


Nouvelle foudroyante!!

Le curé Antoine Labelle le Roi du Nord est mort .

Le dimanche 4 janvier 1891 une nouvelle foudroyante répand la consternation à travers la province; dans toutes les églises après le sermon on annonce que Monseigneur Antoine Labelle, protonotaire apostolique et curé de Saint-Jérôme est décédé à Québec, à 2:40h pendant la nuit, des suites malheureuses d’une hernie étranglée.

Personne ne se doutait que la mort aurait raison de ce colosse en quelques heures; on l’avait vu, pendant les semaines précédentes, vaquer à ses occupations et suivre le cours habituel de sa vie mouvementée. Il fut terrassé en trois jours par une hernie abdominale vieille de plusieurs années et que la gangrène fit mortelle en quelques heures.

Il est mort loin des siens, loin de sa paroisse, loin de ses gens du Nord car il séjournait, à ce moment-là dans la vieille capitale répondant aux obligations de sous-ministre de l’agriculture et de la colonisation, pour le gouvernement Mercier, charge qu’il remplissait depuis le mois de mai 1888, soit depuis deux ans et demie.

Isidore Martin est appelé d’urgence à Québec.

Depuis le vendredi précédent, un malaise avait pris une tournure plus grave pour le curé Labelle. Il souffrait depuis longtemps d’une hernie qui exigeait de sa part certains soins. Malheureusement, il avait négligé, depuis quelque temps, de porter le bandage herniaire qu’il avait pris l’habitude d’utiliser et le mal avait empiré.

Obligé de prendre le lit, quelques jours avant la fin de l’année, il avait fait venir d’urgence son fidèle serviteur et ami Isidore Martin pour veiller sur lui chez les demoiselles Flannagan où il habitait durant ses séjours à Québec.

Les journaux avaient bien reçu et publié samedi matin une dépêche banale de deux lignes, annonçant que le curé Labelle était malade, mais personne, en dehors de ses proches, ne se doutait du drame qu’il vivait.

Il remet son sort entre les mains des chirurgiens.

Ce même samedi du 3 janvier, il fut obligé d’avoir recours aux médecins pour pratiquer une réduction de son hernie. Cette décision fut prise, par le Dr Auguste Hamel, qui après avoir consulté ses confrères, décida qu’une opération chirurgicale devait être tentée pour sauver le malade.

Cette opération se pratiqua donc sous l’influence du chloroforme vers 2 heures et demie de l’après-midi et dura environ une heure et demie. Il fallut lui administrer une forte dose d’anesthésique et il délira longtemps avant de s’endormir. Ce délire impressionna les témoins de la scène; toute sa vie, toutes ses pensées, religion, colonisation, Saint-Jérôme, passèrent alors dans son cerveau surexcité. Le Rév. P. Turgeon, Jésuite qui l’a assisté dans ses derniers moments, rapporte que "les assistants l’écoutaient dans l’admiration, regrettant qu’il ne s’y trouve pas là un sténographe pour rapporter ces paroles si pleines de grandes pensées dans leur incohérence."

En mettant les tissus à nu, on s’aperçut que les parties affectées étaient déjà gangrenées.

Le curé Labelle face à la mort..

Revenu de la torpeur du chloroforme, le curé Labelle conserva sa sérénité jusqu’à la fin.

Après la première opération, il se sentit un peu mieux, il conversait même avec gaieté, partageant l’espoir des médecins durant deux heures environ. Vers six heures de l’après-midi, le curé Labelle commença à faiblir et, comme la condition de leur patient empirait, les chirurgiens décidèrent de pratiquer une seconde opération chirurgicale.

En conséquence, on eu recours à des injections hypodermiques. À la seconde, tout son corps se tacheta de noir et une odeur désagréable dénota un empoisonnement du sang. À partir de ce moment, il ne restait plus d ‘espoir de sauver le malade et on l’en informa. Il ne broncha pas.

Courageusement, l’apôtre de la colonisation se résigna à son triste sort. Pleinement conscient jusqu’au dernier moment, les seules larmes qu’il versa et le seul regret qu’il éprouva furent destinés à sa vieille mère de quatre-vingt-deux ans qu’il laissait seule dorénavant.

Il avait même gardé cette bonne humeur qui le caractérisait et les journalistes commentèrent de la façon suivante une scène qui leur avait été rapportée par un témoin:

"La foi seule, jointe à une force à laquelle peu d’hommes peuvent prétendre, peut inspirer un pareil stoïcisme.

Pendant qu’on récitait autour de lui les prières des agonisants, le médecin vint lui dire qu’il n’en avait plus pour longtemps: "Plus vite! marche! marche!..." dit-il à ceux qui priaient. De temps à autre, le père Mouvet, un ancien missionnaire qui l’avait connu autrefois, s’approchait de lui pour lui adresser des exhortations: "...Monseigneur, vous avez choisi un beau jour pour mourir; on célèbre aujourd’hui le martyre de saint Laurent"...puis, s’apercevant de sa méprise, il rajouta: "...nous sommes à dimanche...c’est plutôt l’Octave des Saints Innocents". Le malade eut alors un accès de gaieté et lui répondit: "...en ce cas-là, j’aimerais mieux attendre à demain..." et sa voix s’éteignit dans un éclat de rire tellement communicatif que les assistants ne purent y résister.

Quelques minutes plus tard, le curé de Saint-Jérôme expirait.

Cette scène a quelque chose d’antique. Nous avons tenu à la consigner ici parce qu’on y retrouve tout entier le chrétien animé d’une foi intense en même temps que le plus beau type de force d’âme que puisse offrir notre race". Il était 2:40h, le dimanche du 4 janvier 1891.

Sympathie des membres du gouvernement et de la population.

Dimanche après-midi, on transporta la dépouille mortelle du curé Labelle à la chapelle des Jésuites où elle fut exposée. La plupart des ministres du gouvernement Mercier étaient présents et un grand nombre de personnes, ayant appris la désolante nouvelle à l’église le matin même, vinrent manifester leurs regrets et leur sympathie pendant la journée.

Le cardinal Taschereau chante un libera à la Basilique de Québec

Lundi matin, le 5 janvier, les journaux s’emparèrent de la nouvelle et toute la province fut en émoi.

À Québec, avant le départ par convoi spécial du regretté défunt pour Saint-Jérôme, une cérémonie eut lieu à la Basilique. La principale église catholique de la capitale avait revêtu, pour l’occasion, ses ornements de deuil. Un choeur de chant imposant accompagné à l’orgue assurait le service musical. Son Eminence le cardinal Taschereau chanta le libera pour celui que toute la province pleurait en ce jour.

Le cortège, mené par l’abbé Pierre Pelletier, premier vicaire du défunt à Saint-Jérôme, accompagné d’Isidore Martin le serviteur dévoué du défunt depuis seize ans, avait conduit une foule nombreuse, constituée de représentants de toutes les classes de la société, vers la Basilique et, maintenant, à la suite de la célébration se dirigeait vers la gare du Palais de Québec. Un convoi spécial attendait la dépouille du curé Labelle et, vers dix heures, le train prit la direction de Saint-Jérôme, afin que le roi du Nord retourne dans son royaume.

Le dernier voyage du curé Labelle.

Lundi soir, à Saint-Jérôme, dix-huit heures: le train spécial portant les restes de Mgr Labelle, arriva à bon port. Le voyage avait duré huit heures. Tout le long de son parcours, le convoi funéraire avait été salué par des gens émus par les événements qui se regroupaient aux abords des gares. Ministres, membres du département de l’agriculture, députés, amis fidèles s’étaient réunis pour accompagner dans son dernier voyage l’apôtre de la colonisation, lui qui avait effectué tant d’autres voyages en vue de peupler son Nord... De ces nombreux visages, l’un fait peine à voir tellement le chagrin est immense: Isidore Martin, le fidèle serviteur d’Antoine Labelle et le seul ami de Saint-Jérôme qui ait assisté à sa mort. Le premier ministre Honoré Mercier ainsi que l’honorable Wilfrid Laurier étaient également de ce voyage.

La paroisse affligée de Saint-Jérôme accueille son curé.

À la gare de Saint-Jérôme, toute la population était rassemblée. Dans un grand corbillard traîné par quatre chevaux, le corps quitta la gare. Le regretté curé faisait sa triste rentrée dans sa paroisse, à la tête de ses paroissiens et au son des cloches. On le dirigea vers le presbytère où la dépouille mortelle allait être exposée en chapelle ardente jusqu’à la translation des restes à l’église prévue pour mercredi. Sur tout le parcours de la procession, on s’agenouillait, tête nue, sur la neige, au passage du char funèbre. L’image était imposante au-delà des mots.

La ville revêt ses habits de deuil.

La splendeur et l’ampleur des funérailles du curé Labelle s’expliquent d’abord par le nombre de gens, de toutes les classes sociales, venus dans la petite paroisse dire un dernier adieu à Antoine Labelle, mais également par la qualité et l’abondance des décorations et les marques de deuil omniprésentes à Saint-Jérôme.

Les diverses corporations de la paroisse éplorée de Saint-Jérôme, voulant payer un dernier tribut de reconnaissance à Mgr Labelle, se concertèrent pour confier à la Maison R. Beullac de Montréal la direction de la décoration funéraire du presbytère et de l’église afin que tout soit parfait et digne de leur vénéré pasteur.

Les artistes décorateurs transformèrent le salon du presbytère en une chapelle ardente superbe. Laissons parler un témoin: "Le curé Labelle repose revêtu de sa soutane de prélat romain et de son surplis dans un magnifique cercueil en palissandre à poignées d’argent.

Le cercueil est élevé de quelques pieds au-dessus du sol et entouré d’une balustrade garnie de draperies noires et violettes semées de bouquets de lilas. Entre le cercueil et la balustrade sont disposés des candélabres supportant des centaines de cierges.

Au-dessus du mausolée le blason de Mgr Labelle est entouré de crêpes et de draperies d’où partent des guirlandes de fleurs. La salle d’exposition est tendue de draperies noires, violettes et jaunes avec bouquets semés sur fond noir. Le plafond est couvert avec un riche drap mortuaire noir à bandes jaunes selon le Rite romain."

Puis, il y eut la préparation de l’Église pour le jour des funérailles. Le même témoin raconte: "Bien que les dimensions de notre temple ne permette pas des décorations funèbres aussi grandioses que les grandes églises de la ville, nous pouvons dire qu’elles dépassent en beauté ce qui s’est fait jusqu’à présent au Canada.

Le catafalque est à trois étages, surmonté d’un grand baldaquin à crépines d’or, d’où s’échappent quatre grands rideaux se rattachant à quatre colonnes surmontées d’une urne funéraire; autour du sarcophage quatre brûle-parfums et des centaines de cierges; les colonnes de l’église sont couvertes d’un voile noir; tout autour du jubé des draperies noires alternées de jaune avec des drapeaux français voilés de deuil et des écussons au chiffre du défunt.

La chaire et la stalle de Mgr Labelle sont couvertes de deuil ainsi que cela se pratique en Europe. Le fond du sanctuaire est tendu d’une grande draperie noire à bandes jaunes ornée de broderies et de crêpes d’or, du demi-dôme qui surmonte l’autel partent des draperies violettes et jaunes relevées par des anges aux ailes déployées. Tout le sanctuaire est du reste entièrement recouvert par des lambrequins violets, insignes du deuil romain.

On a donné à monsieur Beullac l’instruction de ne rien épargner afin de donner aux funérailles toute la splendeur possible. C’est bien le moins qu’on puisse faire pour celui qui a tant fait pour nous et à qui la paroisse de Saint-Jérôme doit sa prospérité et son importance commerciale."

De partout on vient rendre hommage au curé Labelle.

Mardi, le 6 janvier, pendant toute la journée, la chapelle ardente du presbytère fut comblée de visiteurs. De toutes les paroisses du Nord arrivaient des colons, des amis, de fervents admirateurs venus rendre un dernier hommage à la mémoire de Mgr Labelle. Les gens étaient accourus vers leur pasteur aussitôt la triste nouvelle connue. On faisait la file à la porte, on attendait pour venir prier et pleurer près de l’ami, du bienfaiteur.

Émouvante translation des restes dans la petite église.

Mercredi, le 7 janvier, vers 4 heures de l’après-midi, l’église de Saint-Jérôme était littéralement bondée par la foule des fidèles qui voulaient assister à l’installation du corps près du catafalque.

Dix porteurs ont transporté le corps, de la chapelle ardente du presbytère à l’église, en passant au milieu de deux haies de spectateurs agenouillés, dans le plus profond silence. Les porteurs étaient: les abbés Pelletier, curé desservant; Malette, curé de Saint-Hippolyte; Daignault et Laporte, vicaires à Saint-Jérôme; le maire de la ville, J. H. Leclaire; Isidore Paquin et Joseph Charbonneau, marguilliers; le Dr J. E. Prévost, le Dr C. L. de Martigny et Joseph Lapointe, marchand de la place.

Lorsque le corps fut déposé près du catafalque et après l'office des morts, des centaines et des centaines de personnes se sont approchées du cercueil pour contempler une dernière fois, à travers la vitre du couvercle, les traits de leur pasteur bien-aimé. Cette procession ininterrompue a défilé dans les allées de l'église toute la soirée.

Toutes les classes de la société se regroupent autour du curé Labelle.

Jeudi, le 8 janvier, jour des obsèques du curé Labelle, un train spécial composé de treize wagons partit de Montréal amenant entre 1000 à 1200 personnes à Saint-Jérôme.

Il venait des gens de tous les coins de la province. L’église ne fut pas assez grande pour contenir la foule. Afin de laisser la place aux étrangers, les gens de Saint-Jérôme avaient été priés de rester hors de l'église. Ce qu'ils firent courtoisement malgré leur chagrin mais il manqua quand même de place pour tous les gens venus de l'extérieur et une immense foule se tenait aux abords de l'église pendant la cérémonie.

"Le haut-clergé, les sommités du monde politique, l’élite des professions libérales, les chefs d’industrie et d’entreprises commerciales étaient largement représentés. Les amis du Roi du Nord, ecclésiastiques et laïcs, petits et grands, parmi lesquels ses paroissiens en masse, et beaucoup de ses colons venus parfois de fort loin, étaient présents."1

Mgr Duhamel, archevêque d'Ottawa, en l’absence de Mgr Fabre archevêque de Montréal en voyage à Rome, officia une messe solennelle avec diacre et sous-diacre. On comptait plus de 150 ecclésiastiques dans le choeur. Une courte et émouvante oraison funèbre fut prononcée par l’abbé J.B. Proulx, ami du curé Labelle et vice-recteur de l'Université Laval à Montréal. Le choeur de l’église de Notre-Dame de Montréal exécuta avec puissance, sous la direction de monsieur Charles Labelle, la Messe de Requiem de Perrault, ajoutant à l’émotion qui devenait palpable, à mesure que la cérémonie se déroulait. À l’intérieur et à l’extérieur de la petite église de Saint-Jérôme, la foule, grave, recueillie, semblait oppressée par l’atmosphère de douleur qui enveloppait la paroisse du simple curé que son patriotisme et ses autres grandes vertus chrétiennes et sociale avaient justement rendu si populaire. Mgr Moreau, évêque de Saint-Hyacinthe, prononça l’absoute puis le cortège se forma pour se rendre au cimetière.

Le cortège défile solennellement.

Le corps fut déposé dans un somptueux corbillard venu de Montréal. Les porteurs étaient au nombre de seize dont huit prêtres et huit laïques. Les porteurs laïcs étaient les suivants: les honorables J. A. Chapleau, H. Mercier, W. Prévost et G.Duhamel. Messieurs les maires Leclair et Montigny et messieurs Paquin et Charbonneau marguilliers . Le char funèbre était traîné par huit chevaux caparaçonnés de noir, la bride de chacun des chevaux était tenue par un conducteur en livrée de deuil.

Le deuil était conduit par monsieur Maher de Montréal, frère de madame Labelle et oncle du défunt et par monsieur Jos Maher régistrateur de Beauharnois, son cousin. Le corbillard était précédé des chantres, de la fanfare L’harmonie de Montréal, qui exécuta ses plus belles marches funèbres, suivi des Gardes de Salaberry en tenue de deuil.

Dans le défilé six chars allégoriques décorés magnifiquement étaient tirés chacun par deux chevaux revêtus d’une housse noire et tenus à la bride par un conducteur. On y remarquait: les habits de cérémonie de Mgr Labelle, la mitre, le rochet et les autres insignes de la dignité de prélat romain; une colonne tronquée composée de roses blanches et de violettes, présentée par la Fabrique; la représentation de l’écusson de Mgr Labelle, en fleurs naturelles, surmontée d’un chapeau de protonotaire apostolique dont les glands retombaient de chaque coté des armoiries qui sont une croix latine et une gerbe de blé reposant sur un champ de lierre et de fleurs de toutes les nuances, au-dessous la devise de Mgr Labelle "Pater meus agricola" (mon père laboureur), présenté par le cercle Saint-Antoine; une immense croix en fleurs dont les bras sont entourés d’une couronne de roses, présentée par la ville de Saint-Jérôme; une bannière de feuilles de lierre, haute de quatre pieds sur une base de roses blanches avec l’inscription: "Adieu", don de la manufacture de monsieur J. B. Rolland; une gerbe de blé et une faucille de roses tribut de la paroisse de Saint-Jérôme. D’autres offrandes de fleurs s’ajoutaient à ces chars dont: un coussin de roses blanches avec l’inscription "Adieu", présenté par l’hon. Chapleau; une croix surmontée d’une ancre présentée par G. A. Nantel M.P.; trois couronnes présentées par monsieur C. Globensky de Saint-Eustache, le Club National de Montréal et le président du comité des chemins de Montréal.

La foule qui accompagnait le char funèbre au cimetière était innombrable et formait une colonne qui s’étendait à perte de vue.

Une ville pleure son pasteur. pleure son pasteur.

Le cortège funèbre emprunta les rues Saint-Jérôme (Labelle), Sainte-Marie, Saint-Jean-Baptiste, le pont (Castonguay) puis la rue du Cimetière. Le long du chemin, pas une maison où il n’y eut des marques extérieures de tristesse. Elles étaient drapées de noir et ornées avec autant de richesse que de goût, notamment celle du Dr Jules Édouard Prévost, très éprouvé par la mort de son ami, où on pouvait lire en lettres d’or les dernières paroles prononcées par le défunt : "Dieu, vérité, obéissance, ma mère". Juste en face de cette maison on lisait: "Il est passé en faisant le bien". La maison de monsieur William Scott, de religion protestante et ami intime du curé Labelle, était l’une des mieux décorées. Les rues étaient ornées de tentures noires, attachées aux maisons, aux arbres et aux poteaux de télégraphe. Le pont de fer sur la rivière du Nord (pont de la rue Castonguay) était un véritable tunnel tant le treillis supérieur et les côtés étaient surchargés d’étoffes noires, jaunes et violettes. Au milieu et aux deux extrémités des banderoles qui partaient du sommet retombaient sur les côtés.

La marche vers le cimetière dura trois quarts d’heure. On avait élevé des arcs, dans les rues, tous ornés de banderoles noires. Sur la route du cimetière, situé à environ un mille et demie de l’église, on avait planté de cinquante pieds en cinquante pieds des pins ornés de crêpes avec des boucles violettes.

Il trouvera son dernier repos près de ceux qu’il a aimé.

Le cimetière qui venait à peine d’être installé par les soins intelligents du curé Labelle, ce cimetière qui faisait sa fierté, l’accueillait sous la neige avec son joli chemin de la croix, son grand calvaire dont les personnages semblaient encore plus éplorés en cette journée de deuil. Même les blanches statues disséminées ça et là, semblaient s’attrister et courber leur front sous le poids de la douleur.

Les lieux étaient garnis de draperies de deuil à profusion. La grande croix disparaissait sous les tentures noires et violettes et deux tristes bandes noires s’accrochaient aux branches d’une bonne partie des arbres qui bordaient l’allée centrale conduisant à l’entrée de la chapelle du cimetière.

La foule attendrie se pressait à l’entrée de la chapelle, dans l’espoir de voir encore une fois la bière, au moins, qui emportait, malgré tant de regrets, la dépouille de son pasteur vénéré.

Dans la chapelle où le corps était entré avec les premiers suivants du cortège on chanta un dernier libéra; puis dans la crypte de cette même chapelle on descendit le cercueil.

C’est là qu’est creusée la fosse, juste au-dessous de l’autel avec lequel elle forme une croix. C’est dans ce petit coin, bien modeste, de son vaste et beau territoire que dormira de son dernier sommeil le Roi du Nord.

Un personnage au charisme exceptionnel.

On raconte que 10 000 personnes ont défilé à Saint-Jérôme ce jour là. Le curé Labelle était l’ami de tous et peut-être comptait-il des amis par milliers...

"La disparition du curé Labelle ne plongea pas Saint-Jérôme seulement dans la désolation; ce fut un deuil qui s’étendit à toute la province, au pays entier et qui souleva émotion et regrets, même à l’étranger."2

On a vu réunis autour d’une tombe des représentants de toutes les classes de la société et de toutes les parties de la province; on a vécu autour d’une tombe une manifestation nationale autant que religieuse.

Adieu monsieur le Curé!


par
Marie-Anne Provost
et
Ghislaine Demers-Flibotte

Documentation:
Coupures de presse de 1891, SHRN

1 et 2 :Une ville grandit de Germaine Cornez


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